actualité de l'amiante
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Peut-on décrire la complexité en évitant de résumer le drame de l'amiante à une opposition radicale entre deux conceptions ?

L'une retenant la cupidité d'industriels irresponsables associée à la passivité complice des politiques, de l'administration et des experts.

 L'autre fondée sur la difficulté d'identification et de quantification d'un risque de cancer qui se révèle des décennies après l'exposition à l'amiante, mettant en défaut la perspicacité des experts et nos capacités de prévention.

Poursuivre la compréhension de la gestion des risques liés à l'usage de l'amiante peut être considéré comme un devoir envers les victimes et leurs familles, ou comme une démarche de santé publique analysant l'évolution de notre gestion d'un risque majeur au cours d'une période s'étendant sur environ un siècle. Les deux motivations sont indissociables, c'est en comprenant les mécanismes de nos erreurs que nous répondons à la demande principale des victimes et que nous progresseront dans la prévention d'erreurs organisationnelles ou décisionnelles analogues.

J'ai été entendu en 2005 par la commission du Sénat et par celle de l'Assemblée Nationale parce que j'avais travaillé pendant l'année 1998 au ministère de la Santé pour rédiger un rapport sur la gestion des risques liés à l'amiante en France et proposer des mesures à mettre en oeuvre après l'interdiction de l'usage de ce minéral dans notre pays à compter du 1er janvier 1997. De telles auditions sont nécessairement incomplètes et peu satisfaisantes. Le langage parlé convient mal pour décrire des faits d'une telle complexité. Bien entendu des textes écrits peuvent être communiqués aux responsables de ces commissions, mais le problème principal est posé par nos lacunes dans la documentation des décisions publiques pendant le siècle concerné.

Seule une instruction judiciaire peut assurer le traitement exhaustif des archives des ministères et des industriels qui ont été impliqués à un moment ou à un autre dans la gestion, ou l'absence de gestion, de ce problème. Elle est en cours.

Un site internet étant actuellement le meilleur moyen pour mettre à la disposition de ceux qui s'intéressent à l'amiante des documents ayant une valeur historique mais aussi judiciaire, j'ai choisi d'utiliser une partie de ce site personnel sante-publique.org pour réunir des textes concernant l'amiante et les commenter. Mon désir est de tenter d'abord de poser les questions qui me paraissent encore pertinentes, c'est à dire qui n'ont pas eu les réponses les plus complètes possibles que l'on pouvait espérer, puis de définir les procédures qui permettraient d'avoir ces réponses, y compris en questionnant personnellement ceux qui possèdent des éléments de réponses à ces questions.

La première question concerne le retard dans la documentation précise des risques et des conditions de prévention des maladies provoquées par l'amiante.

La connaissance du risque de fibrose pulmonaire (asbestose) provoquée par l'inhalation de fibres d'amiante remonte à la fin du 19ème siècle et aux premières années du 20ème siècle et pourtant il a fallu des décennies pour s'attaquer réellement au problème de la prévention efficace de la fibrose.

La connaissance qualitative du risque de cancer bronchique (ou pulmonaire, les deux termes ont le même sens en pratique) est apparue en 1935 et l'évaluation quantitative du risque date de 1955. Le risque de cancer de la plèvre (mésothéliome) a été connu plus tardivement que le risque de cancer bronchique, à partir de 1960, mais son importance quantitative a été établie dans des délais plus courts que pour le cancer bronchique, dès la fin des années 60. Il faut comprendre les causes de ces retards.

La seconde question concerne l'évolution de la gestion du risque lié à l'amiante. Qui a assumé la responsabilité de cette gestion dans les faits, avec quels moyens au niveau de l'administration et de la recherche scientifique ? Cette question se divise en plusieurs autres, par exemple celles qui concernent la création du comité permanent amiante au début des années 80. Nous connaissons les initiateurs de ce comité mais nous connaissons mal la façon dont ce projet a pu être accepté au niveau administratif et politique.

La troisième question concerne l'évaluation des possibilités de remplacement de l'amiante par d'autres produits, à quel prix, et avec quel niveau de risque. Il s'agit d'une expertise à la fois industrielle et toxicologique destinée à évaluer les avantages et les inconvénients respectifs des différentes techniques utilisables, notamment en fonction de la taille des fibres des produits de remplacement et de leur aptitude à provoquer des fibroses ou des cancers.

 La quatrième question concerne l'intervention de l'Europe dans ce dossier. Quelle a été sa nature et sa qualité ? avec quel calendrier et quelle efficacité ?

La cinquième question concerne les conséquences pour les victimes des pathologies provoquées par l'amiante. Quelles ont été les insuffisances dans la gestion des maladies professionnelles liées à l'amiante et des pathologies non professionnelles ?

La sixième question concerne la gestion de l'amiante en place. Le diagnostic est-il de bonne qualité ? la gestion de l'enlèvement est-elle effectuée dans de bonnes conditions ? pourquoi mes propositions de 1998 de rendre accessible à tous les résultats du diagnostic amiante n'ont elles pas été mises en oeuvre ?

Je n'ai pas la prétention de pouvoir apporter des réponses à ces questions, mais je peux contribuer à formaliser les conditions d'obtention des réponses et pour certaines d'entre elles apporter une contribution.