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le médiator

dernière mise à jour le 18 janvier 2011

Les drames de sécurité sanitaire ne sont pas immédiatement compréhensibles dans tous les aspects de leur survenue. C'est l'accumulation progressive des données produites par des lanceurs d'alerte, des dispositifs de surveillance institutionnelle, des experts, des journalistes, qui vont faire émerger l'aspect "anormal" d'un fait constaté et finalement son passage dans le domaine de "l'insupportable" qui va engendrer la question suivante "comment en est-on arrivé là ? " qui conduit à la recherche de "l'erreur" et finalement des "coupables".

A ce stade une instruction sera ouverte, une commission parlementaire peut être formée, ainsi que des associations de victimes, les médias se sont emparés de l'affaire et ajoutent des élements nouveaux au dossier. Le sujet est devenu une "affaire"

Il faudra plusieurs années, parfois une ou deux décennies, pour clore le dossier. Les victimes seront déçues par les éventuelles décisions judiciaires, mais l'ensemble de l'activité déployée "pour comprendre" va permettre de faire progresser le dispositif de surveillance et de prévention du risque particulier qui a été à l'origine du drame concerné.

Quand on compare les principaux dossiers de cette problématique, on s'aperçoit qu'ils ont à la fois des caractères spécifiques et des caractères communs. Il convient de les regarder avec du recul, c'est à dire avec la capacité d'intégrer tous les aspects du problème et de comprendre comment leurs interactions (ou leur absence d'interactions) a produit l'inefficacité, c'est à dire l'absence de décision nécessaire. Dans le cas du Médiator, la première question à se poser, avant toute analyse du dispositif de pharmaco-vigilance, est celui de la justification de la prescription de ce médicament à des millions de personnes, non seulement à des diabétiques, mais à des personnes qui voulaient simplement perdre du poids et l'utilisaient comme coupe-faim.

Quand le scandale déferle dans les médias, il faut toujours se méfier des jugements a posteriori. Il est facile d'affirmer maintenant que "l'on savait et que l'on n'a rien fait". La démarche d'expertise consiste alors à reprendre les documents qui analysaient un aspect particulier du problème et pointaient déja sur les anomalies identifiables. Dans cet esprit, le premier document que je place sur ce site est une présentation que j'avais faite à Toulouse le 21 novembre 2007 lors de la IXème rencontre de pharmacologie sociale. Elle exprimait ce qui était une évidence depuis de nombreuses années : le traitement médicamenteux de l'obésité est une erreur qui a conduit à de nombreux abus dans la promotion de ces produits et à des dommages avérés dans de nombreux cas. J'ai eu à défendre comme témoin dans un procès en diffamation, la revue Prescrire qui avait dit tout le mal que l'on pouvait légitimement penser de ceux qui font la promotion d'un coupe faim avec des phrases aussi inadaptées, déplacées et dangereuses que :

"à quelques semaines des départs vers les plages, un nouveau médicament agissant sur la sensation de satiété pour faire maigrir les obèses va faire son apparition sur le marché européen, promettant de connaître un formidable succès public et de faire un « carton commercial."(dépêche AFP du 10 mai 2001 à propos du Sibutral.)

Le titre de cette présentation était le suivant : L’expertise en santé publique - travaux pratiques appliqués au médicament. Elle est reproduite dans son état de 2007, sans la moindre modification ou correction.

En janvier 2010 la commercialisation du Sibutral sera interdite.

Je vais tenter de contribuer à une meilleure compréhension du problème, notamment en envisageant les aspects qui se situent en amont des faits qui sont largement traités depuis l'émergence de ce dossier. Il faut en effet distinguer :

Le problème de la promotion des médicaments par des acteurs du système de soins qui ont un conflit d'intérêt dans cette procédure est une des déviances à l'origine de la dérive de l'usage du Médiator. Les gouvernements successifs qui ont eu à gérer les possibilités de promotion, par les visiteurs médicaux ou par la publicité faite dans les revues médicales, n'ont pas voulu accepter la notion simple suivante : une prescription médicamenteuse n'est pas un geste que l'on doit développer par des méthodes fondées sur la séduction et le conflit d'intérêt. J'avais décrit les problèmes posés par la promotion publicitaire des médicaments dans un livre publié en 1992, La Santé (éditions Flammarion). Ce chapitre 13 est reproduit en totalité sur le site (format pdf). La partie concernant plus spécifiquement la promotion du médicament est accessible au format html